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Protection des lanceurs d’alerte en droit tchèque : perspective du salarié

Protection des lanceurs d'alerte (whistleblowers) en droit tchèque : perspective du salarié


Le 1er août 2023, la loi n° 171/2023 Rec., loi sur la protection des lanceurs d'alerte (ci-après la « loi sur la protection des lanceurs d'alerte »), ainsi que la loi n° 172/2023 Rec. modifiant certaines lois en lien avec l'adoption de la loi sur la protection des lanceurs d'alerte, sont entrées en vigueur.

Le Parlement de la République tchèque a transposé ces lois sur la base de la directive (UE) 2019/1937 du Parlement européen et du Conseil du 23 octobre 2019 sur la protection des personnes qui signalent des violations du droit de l'Union (ci-après la « directive UE »). La nouvelle réglementation introduit dans la législation tchèque un cadre complet pour le whistleblowing, c'est-à-dire la protection des personnes qui signalent des comportements contraires à l'éthique ou illégaux au sein de l'organisation d'un employeur. Cette réglementation vise à la fois à permettre le signalement d'actes illicites commis par des entités obligées et à protéger les lanceurs d'alerte contre les mesures de représailles. Quels nouveaux droits les salariés pourront-ils désormais exercer ?

Les lanceurs d'alerte

Qui peut signaler un acte illicite via le système de signalement ? Les personnes physiques qui signalent un acte illicite déjà commis ou susceptible d'être commis par une entité obligée auprès de laquelle le lanceur d'alerte exerce ou a exercé un travail ou une autre activité similaire, ou avec laquelle il a été en contact dans le cadre de ce travail ou de cette activité. Aux fins de la loi sur la protection des lanceurs d'alerte, la notion de « travail » est définie à l'article 2, paragraphe 3, et comprend :

  • le travail subordonné exercé dans le cadre d'une relation de travail de base
  • la fonction publique
  • l'activité indépendante
  • l'exercice de droits liés à la participation dans une personne morale
  • l'exercice des fonctions de membre d'un organe d'une personne morale
  • l'accomplissement de tâches dans le cadre de l'activité d'une personne morale, dans son intérêt, en son nom ou pour son compte
  • la gestion d'un fonds fiduciaire
  • l'activité bénévole
  • le stage professionnel ou le stage de formation
  • l'exercice de droits et d'obligations découlant d'un contrat ayant pour objet la fourniture de biens, de services, de travaux de construction ou d'autres prestations similaires
  • la candidature à un emploi ou à une autre activité similaire

 

Contenu du signalement

Conformément à l'article 2, paragraphe 2 de la loi sur la protection des lanceurs d'alerte, le signalement doit contenir les nom, prénom et date de naissance du lanceur d'alerte, ou d'autres données permettant d'établir son identité. Il doit également comporter une description de l'acte illicite, l'identification des personnes soupçonnées de l'avoir commis et les preuves disponibles. La loi sur la protection des lanceurs d'alerte ne favorise pas les signalements anonymes ; toutefois, l'entité obligée peut volontairement accepter et traiter de tels signalements. La protection des données du lanceur d'alerte est garantie par un système interne sécurisé et par l'obligation de confidencialité de la personne compétente. Selon l'article 20, paragraphe 2 de la loi, les informations relatives à l'identité du lanceur d'alerte ne peuvent être communiquées qu'avec son consentement écrit, et la personne compétente ou le salarié désigné ont l'interdiction de fournir des informations susceptibles de compromettre ou de mettre en péril l'objectif du signalement.

Acte illicite

L'acte illicite devant faire l'objet d'un signalement conformément à l'article 2, paragraphe 1 de la loi sur la protection des lanceurs d'alerte est un acte présentant l'une des caractéristiques suivantes :

  • présenter les éléments constitutifs d'une infraction pénale
  • présenter les éléments constitutifs d'une infraction administrative passible d'une amende dont le plafond est d'au moins 100 000 couronnes tchèques
  • violer la loi sur la protection des lanceurs d'alerte
  • violer une autre disposition légale ou réglementaire ou un acte de l'Union européenne

 

Entité obligée

Qui est soumis aux obligations de la loi sur la protection des lanceurs d'alerte ? Conformément à l'article 8, paragraphe 1, il s'agit des entités suivantes :

  • les pouvoirs adjudicateurs publics (au sens de la loi sur les marchés publics), à l'exception des communes de moins de 10 000 habitants
  • tout employeur comptant, au 1er janvier de l'année civile concernée, au moins 50 salariés
  • les autorités publiques exerçant des compétences en matière d'administration de l'impôt sur les sociétés ou du recouvrement des sanctions pour violation de la discipline budgétaire
  • d'autres autorités publiques sélectionnées
  • les personnes autorisées à accorder ou à servir d'intermédiaire pour des crédits à la consommation
  • d'autres employeurs spécifiquement désignés, quel que soit leur nombre de salariés — par exemple dans les secteurs de l'assurance, des marchés de capitaux, de la banque ou des fonds d'investissement

 

Obligations de l'entité obligée

Les entités obligées doivent, conformément à l'article 8, paragraphe 1 de la loi sur la protection des lanceurs d'alerte, mettre en place un système interne de signalement permettant aux lanceurs d'alerte de signaler des actes illicites de manière sûre et confidentielle. Selon l'article 9, paragraphe 2, point a), le signalement peut être effectué oralement ou par écrit et, à la demande du lanceur d'alerte, la personne compétente doit accepter le signalement en personne dans un délai raisonnable. En parallèle au système interne, il existe un système externe de signalement géré par le ministère de la Justice (https://oznamovatel.justice.cz/), offrant ainsi deux options aux lanceurs d'alerte. En principe, les lanceurs d'alerte devraient s'adresser en priorité au système interne, qui peut apporter une solution plus efficace et plus rapide. Ce n'est qu'en cas de dysfonctionnement du système interne ou d'absence de celui-ci que les lanceurs d'alerte devraient se tourner vers le système du ministère de la Justice. La saisine du ministère n'est toutefois pas subordonnée à un signalement préalable via le système interne ; le choix de la procédure appartient entièrement au lanceur d'alerte. Les personnes envisageant de soumettre un signalement peuvent, avant de le faire, consulter gratuitement et confidentiellement le ministère de la Justice par écrit (oznamovatel@msp.justice.cz) ou oralement (tél. : 221 997 840).

Afin d'assurer le bon fonctionnement du système interne de sécurité, une personne compétente chargée de gérer les signalements est désignée conformément à l'article 10 de la loi sur la protection des lanceurs d'alerte. Cette personne reçoit et évalue le bien-fondé des signalements, propose à l'entité obligée des mesures correctives, informe le lanceur d'alerte de la réception du signalement, des résultats de l'examen et des mesures envisagées ou adoptées, le tout de manière impartiale et dans le respect de la confidentialité.

Information des personnes compétentes

L'entité obligée doit, conformément à l'article 9, paragraphe 2, point c) de la loi sur la protection des lanceurs d'alerte, informer dûment la personne compétente de ses droits et obligations et en établir un procès-verbal. De même, pour améliorer le fonctionnement et la crédibilité du système de signalement, il est recommandé de former les salariés et de les familiariser avec le système interne. Bien qu'il ne s'agisse pas d'une formation au sens d'une qualification professionnelle certifiée, l'organisation de telles formations relève de la mission d'assistance méthodologique et technique du ministère. La formation des personnes compétentes entraînera également des coûts pour les entités obligées.

Pour plus d'informations sur les obligations des entités obligées, consultez l'article « La loi sur la protection des lanceurs d'alerte du point de vue de l'employeur ».

Publication des informations requises en accès à distance

L'entité obligée doit, conformément à l'article 9, paragraphe 2, point b) de la loi sur la protection des lanceurs d'alerte, publier de manière accessible à distance les informations relatives aux modalités d'utilisation du système de signalement, et indiquer la personne compétente, son numéro de téléphone et son adresse de correspondance.

Interdiction des mesures de représailles

L'un des principaux objectifs de la réglementation adoptée est la protection des lanceurs d'alerte contre les mesures de représailles, entendues comme des actes ou omissions en lien avec le travail ou une autre activité similaire du lanceur d'alerte, provoqués par le signalement effectué et susceptibles de lui causer un préjudice. L'article 4 de la loi sur la protection des lanceurs d'alerte contient une liste non exhaustive de ces mesures interdites, parmi lesquelles figurent notamment la rupture du contrat de travail, la réduction du salaire, la révocation d'un poste de direction, la modification des horaires de travail ou l'imposition d'une sanction disciplinaire. Les personnes suivantes ne peuvent pas non plus être exposées à des mesures de représailles :

  • les personnes proches du lanceur d'alerte
  • les personnes ayant aidé à recueillir les informations contenues dans le signalement
  • les salariés ou collègues du lanceur d'alerte
  • les personnes contrôlées par le lanceur d'alerte
  • les personnes pour lesquelles le lanceur d'alerte exerce un travail ou une autre activité similaire
  • les personnes morales dont le lanceur d'alerte est membre, personne contrôlante ou dans lesquelles il détient une participation
  • les fonds fiduciaires dont le lanceur d'alerte est le fondateur ou le bénéficiaire

Si des mesures de représailles ont été appliquées et qu'un préjudice non patrimonial a été causé à une personne protégée par la loi sur la protection des lanceurs d'alerte, celle-ci a droit, en vertu de l'article 5 de ladite loi, à une réparation adéquate. La protection contre les mesures de représailles ne s'applique pas à la personne qui a effectué un signalement sciemment inexact, c'est-à-dire sans avoir de raisons valables de croire que le signalement reposait sur des informations véridiques. La renonciation au droit à la protection contre les mesures de représailles est sans effet juridique.

Droit à une réparation adéquate

Il s'agit de la responsabilité civile de l'auteur de la mesure de représailles pour le préjudice causé, qui doit être interprétée au sens large comme une sanction dissuasive et proportionnée conformément aux exigences de la directive UE. En vertu de l'article 4, paragraphe 4 de la loi sur la protection des lanceurs d'alerte, la responsabilité pour les mesures de représailles auxquelles le lanceur d'alerte a été exposé incombe à la personne pour laquelle le lanceur d'alerte exerce un travail ou une autre activité similaire et qui ne doit pas permettre que le lanceur d'alerte ou les personnes visées au paragraphe 2, points a) à f) ou h) soient exposés à des mesures de représailles, ainsi qu'à l'auteur direct desdites mesures. Le lanceur d'alerte peut également réclamer à l'auteur des représailles la réparation du préjudice non patrimonial subi. Cette procédure n'est pas affectée, par exemple, par le fait que la personne morale pour laquelle le lanceur d'alerte exerce un travail n'est pas responsable de l'infraction administrative au motif qu'elle a déployé tous les efforts raisonnablement exigibles pour la prévenir. Le montant de la réparation adéquate en argent dépendra toujours des circonstances de chaque cas et sera définitivement fixé par la juridiction compétente.

Infractions administratives

Conformément à l'article 23 de la loi sur la protection des lanceurs d'alerte, le fait pour un lanceur d'alerte de soumettre sciemment un signalement inexact constitue une infraction administrative passible d'une amende pouvant atteindre 50 000 couronnes tchèques. Pour cette raison également, la réglementation ne favorise pas les signalements anonymes.

Entrée en vigueur de la loi

Conformément à l'article 30, la loi sur la protection des lanceurs d'alerte est applicable depuis le 1er août 2023. Toutefois, en vertu de l'article 29, le législateur a prolongé le délai pour les entités obligées qui, au 1er août 2023, employaient entre 50 et 249 salariés ; celles-ci sont tenues de mettre en place le système interne de signalement au plus tard le 15 décembre 2023.

Pour plus d'informations, n'hésitez pas à nous contacter :

JUDr. Mojmír Ježek, Ph.D.

ECOVIS ježek, advokátní kancelář s.r.o.
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